Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

Un grand merci à Lydie pour m’avoir prêté ce livre qui m’intriguait depuis longtemps! L’écriture (ou en tout cas la traduction) est très belle même si je n’ai pas trouvé cette lecture très facile.

Titre original: The Buddha in the Attic

Editeur : Editions 10/18 (143 pages)

Note: 3,5/5

Quatrième de couverture

Nous sommes en 1919. Un bateau quitte l’Empire du Levant avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes femmes promises à des Japonais travaillant aux États-Unis, toutes mariées par procuration.

C’est après une éprouvante traversée de l’Océan pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leurs futurs maris. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui auquel elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.

À la façon d’un chœur antique, leurs voix se lèvent et racontent leurs misérables vies d’exilées… leurs nuits de noces, souvent brutales, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l’humiliation des Blancs… Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre et la détention dans les camps d’ internement – l’État considère tout Japonais vivant en Amérique comme traître. Bientôt, l’oubli emporte tout, comme si elles, leurs époux et leurs progénitures n’avaient jamais existé.

Mon avis

Voici un roman court mais que j’ai trouvé assez difficile à lire. Je m’explique, ce n’est pas du tout qu’il n’est pas bien, au contraire! Mais à cause de son mode de narration à la première personne du pluriel, s’identifier aux personnages n’est pas aisé. Ce « nous », utilisé tout au long de la narration, regroupe des japonaises qui parlent d’une seule voix et sont des personnes anonymes. Ce sont des femmes qui prennent peu à peu de la consistance et que l’on finit par appeler par leur prénom mais dans les toutes dernières pages seulement. Je reviendrais sur ce mode de narration plus tard.

Reprenons depuis le début. Ce roman commence par la traversée en mer de ces femmes japonaises pour aller rejoindre des maris qu’elles n’ont jamais vus mais à qui on les a mariées grâce à des marieuses. Sur place, elles découvrent des japonais beaucoup plus vieux que sur les photos qu’elles ont reçues, la plupart sont ouvriers et non de riches propriétaires comme ils l’ont fait croire. C’est donc une déception, mais elles ne peuvent pas faire demi-tour parce qu’elles déshonoreraient leur famille. On a un aperçu de la culture japonaise, ce peuple travailleur et discret qui a ici une histoire aux Etats-Unis tout en gardant fortement leurs racines asiatiques. Ces femmes japonaises arrivent avec des rêves plein la tête, elles pensent vivre l’American Dream alors que certaines se retrouvent même dans une condition sociale inférieure à celle qu’elles avaient au Japon.

Cette multitude de voix est vraiment originale. Cela donne à la narration plus de poids dans ces voix qui s’unissent. Mais en même temps j’ai eu du mal à ressentir toute la force qu’elles dégageaient car il était impossible de m’identifier à l’une de ces voix qui me parlaient. Il n’y a que des « nous » et pour parler de quelques cas particuliers on a « certaines », « celle-ci ». Et au fur et à mesure que le roman avance on a quelques noms. Mais cette multitude de situations et cette volonté de n’avoir qu’une voix rendent aussi le récit dense. C’est pourquoi je n’ai pas trouvé que la lecture de ce livre était facile malgré le fait qu’il soit court. Mais je ne peux pas nier l’originalité du procédé et du sujet. J’admire la plume de l’auteur qui est admirable, et à laquelle la traduction ne semble rien avoir enlevé. Le seul problème et que je suis quelqu’un qui aime beaucoup m’identifier à un personnage dans une lecture, ce qui est impossible dans ce cas.

Au-delà de l’impossibilité de m’identifier aux personnages, j’ai aimé le livre. En effet, le sujet du livre est vraiment intéressant, j’ai trouvé que c’était une histoire qui était assez méconnue – de moi en tout cas. L’histoire de ces japonais qui étaient employés dans les champs ou comme domestiques, mais qui furent rejetés lorsque la deuxième guerre mondiale est arrivée. On se laisse porter par le récit qui suit la vie de ce groupes de femmes.

Je le recommanderais donc à ceux qui aiment les narrations originales, ceux qui s’intéressent à la culture japonaise dans un environnement d’émigrés. au final, c’est une histoire touchante qui saura sûrement plaire à beaucoup d’entre vous!

Vous pouvez lire la très bonne chronique de Lydie ici!

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51 réflexions sur “Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

  1. coucou
    comme toi, j’aime soit m’identifier au personnage soit m’attacher à un au moins en particulier, ce livre a l’air tentant mais me fait un peur aussi 😉

  2. Ca fait un bon moment que ce livre traine dans ma Wish-List, il faudrait que je me décide un jour à le lire. J’avais en effet entendu parler de cette multitude de voix, j’espère que ca me plaira quand même si un jour je m’y lance !

  3. Tout à fait d’accord avec toi, j’ai trouvé le livre très intéressant aussi , mais pourtant je ne le mettrais pas dans mes livres préférés. Les descriptions successives de la vie de tous les personnages sur un même thème est vraiment déroutante, mais une fois compris le fonctionnement le résultat nous donne une vision à multiples facettes d’une même situation. Par contre, tout comme toi j’ai eu du mal à m’attacher à ce livre car il me faut un fil conducteur qui m’emporte et je ne l’ai pas retrouvé ici.

  4. C’est vrai que la narration du livre peut être un obstacle, c’est très dépendant des gens. L’amie qui me l’avait prêté avait, comme toi, aimé le livre, mais avait eu un peu de mal avec la narration et avait mis longtemps à lire le livre. Moi, de mon côté, je l’ai dévoré quasiment d’une traite, car je me suis vraiment sentie immergée au milieu de ces femmes et j’ai adoré. Je pense que ça dépend de comment on a besoin de s’identifier au(x) personnage(s), c’est assez personnel, je pense.

  5. J’ai assez apprécié l’originalité de la narration, j’ai trouvé cela poétique ! mais heureusement que le livre est court, sinon je pense que je m’en serais lassé ! par contre j’ai été un peu frustré de ne pas en savoir plus sur ces femmes…

    • Oui, c’est vrai qu’à la fin on peut se lasser de ce mode de narration! Et je trouve que le fait qu’on n’en sait pas plus et aussi du au fait qu’elles n’ont qu’une voix, ce « nous » qui empêche de rentrer dans trop de détails… sinon ça deviendrait un beau bordel! 🙂

  6. Je pense que je tenterai de le lire. J’ai peur d’être gêné par le « nous » mais il m’intéresse trop pour que je passe à côté

    • Je pense qu’il faut le tenter, si ça se trouve le « nous » ne te gênera pas du tout! En tout cas l’histoire est intéressante et on ne peut pas nier l’originalité du mode de narration 🙂

  7. Il me tenterait bien autant pour l’originalité de la narration (j’avais jamais vu ça, ce « nous » prédominant) et aussi parce que j’aime beaucoup la culture japonaise. Merci pour la découverte !

  8. Je rejoins ton avis, c’est un livre très intéressant mais avec le recul, j’aurais préféré un autre mode de narration personnellement. La distance avec les personnages m’a gênée..

  9. J’avais commencé à le lire et effectivement la narration a été un véritable obstacle et je l’ai laissé de côté depuis plus d’un an. Comme tu l’as si bien dis, il est vraiment difficile de s’identifier aux personnages. Pour ma part, cela m’a empêcher de rentrer dans le récit et c’est vraiment dommage. Peut-être le continuerais-je un jour…

    • Ah oui, c’est dommage que ça t’ai bloqué à ce point, mais je comprends! C’est pour ça que j’ai dit que ce livre n’était pas facile à lire… Peut-être que tu retenteras un jour 🙂

      • Oui je le retenterai, parfois on n’est pas prêt pour un livre. Il arrive que je doive attendre quelques temps pour aprécier un ouvrage.

  10. Pingback: Avril… Quel est le bilan? | La tête dans les livres

  11. Merci pour ce gentil lien.
    J’ai trouvé que toute la force du récit est dans l’emploi de ce « nous » qui chez moi a justement provoqué une identification immédiate, je me suis sentie incluse dans ce groupe de femmes japonaises dont on relate l’histoire.

  12. Je guettais ta chronique depuis que tu l’avais annoncé sur ton blog, et voilà : j’avais quelques craintes à son propos, tu m’as rassurée. Wish-list prioritaire, attention !

  13. Déjà que le sujet m’inspirait mais là je crois que je vais craquer, j’ai envie de ressentir des choses face à ce  »nous » qui doit être assez déroutant au début !

  14. Pingback: Top Ten Tuesday – Évènements historiques découverts grâce à la lecture | La tête dans les livres

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